GAM - Zagreb, une nouvelle dynamique pour les Bleus
Entre renouvellement du collectif, montée en puissance des exercices et qualification pour les Championnats du monde, les Championnats d’Europe ont constitué une étape importante pour l’équipe de France masculine. Malgré plusieurs absences et un collectif largement remanié, les Bleus ont su répondre présents et confirmer les progrès engagés depuis plusieurs mois. Avec un groupe en pleine construction chez les seniors et une équipe juniors fortement diminuée par les blessures, cette compétition a aussi permis de mesurer le chemin encore à parcourir pour se rapprocher des meilleures nations européennes. Pour revenir sur le bilan de ces Championnats d’Europe et évoquer les perspectives de la suite de la saison, Christophe Lambert, directeur de la performance, et Thierry Aymes, entraîneur national, livrent leur analyse.
Christophe Lambert, Directeur de la performance "Les gymnastes adhèrent au programme proposé par l'entraîneur national et y sont vraiment réceptifs. J'ai trouvé une équipe ouverte, qui aime vivre ensemble, avec tous les aspects du savoir-vivre collectif et de la convivialité qui permettent vraiment d'aller chercher la performance."
Quels étaient les objectifs de l'équipe de France juniors pour ces Championnats d'Europe ?
C'est toujours difficile de se fixer des objectifs précis, dans la mesure où les collectifs évoluent chaque année ou tous les deux ans : ce ne sont pas les mêmes athlètes, aussi bien chez nous que dans les autres nations. Néanmoins, on sait qu'on veut figurer parmi les meilleures nations : c'était notre objectif.
Cependant, à l'issue des Championnats de France et au cours de la préparation, plusieurs jeunes qui auraient pu, ou dû, se retrouver parmi les titulaires pour cette compétition se sont blessés. Ce sont des athlètes importants que nous n'avons pas pu avoir avec nous. Cela nous interroge forcément sur la préparation, même si d'autres pays ont rencontré les mêmes difficultés. On peut aussi s'interroger sur le positionnement de cette compétition au mois d'août, à l'issue d'une saison très longue.
Les gymnastes présents ont, eux, pleinement mérité leur place : ils ont rempli les critères pour participer à cette compétition et ont parfaitement assumé leur rôle de titulaires en équipe de France.
Dans ces conditions, ils ont su faire face et aller au bout de leur compétition sans se démobiliser. On n'était pas très loin de la qualification pour la finale du concours général par équipe, et je pense qu'avec un effectif au complet, nous aurions pu aller chercher une place supplémentaire, voire deux. Cela vaut aussi pour les finales par agrès. Mais au-delà du résultat, ils ont montré un excellent état d'esprit, une vraie volonté et beaucoup de détermination. Pour des juniors, c'est important : ils sont restés engagés jusqu'au bout et n'ont rien lâché.
Maintenant, on a encore un delta sur les notes de départ : il nous manque de la difficulté dans nos exercices et notre pourcentage de réussite reste assez éloigné de celui des nations qui dominent actuellement, chez les juniors comme chez les seniors.
Et pour les seniors, quels étaient les objectifs ?
Il y avait un premier objectif évident et nécessaire : se classer parmi les treize premières équipes pour obtenir une place aux Championnats du monde. C'était notre objectif prioritaire. Ensuite, nous voulions nous rapprocher du niveau qui permet de jouer une finale par équipe.
Cette compétition devait surtout nous permettre de continuer à reconstruire et à renforcer notre collectif. L'objectif était de remettre les titulaires dans une configuration de compétition exigeante, afin qu'ils accumulent de l'expérience et prennent progressivement leur place à ce niveau. Sur ce point, je pense qu'on a parfaitement répondu présent, car ce n'était pas simple.
Il faut rappeler que, sur les cinq titulaires qui ont disputé ces Championnats d'Europe, aucun n'avait participé aux Championnats d'Europe 2025 : ça montre qu'il y a une refonte du collectif, avec l'émergence de nouveaux athlètes. On a malheureusement perdu en préparation les deux athlètes médaillés lors des derniers Championnats d'Europe, Léo Saladino et Anthony Mansard — ce qui représente évidemment un potentiel manque à gagner de plusieurs points et de compétences au niveau international. Mais, encore une fois, les cinq garçons retenus comme titulaires l'ont vraiment mérité.
Pour autant, l'équipe s'en est très bien sortie. Ils ont réalisé un tour sérieux, avec seulement trois petits problèmes, mais aussi trois belles notes de départ — et ça, c'est vraiment important sur un format 5-3-3. Oui, il y a eu, de temps en temps, une chute, mais on a quand même pu enregistrer de belles notes. On sent la fatigue, mais aussi la progression dans la difficulté des exercices : les notes de départ sont plus élevées par rapport à l'an dernier. C'est un vrai changement de niveau et, si nous parvenons à gagner en stabilité tout en continuant sur cette voie, nous pourrons de nouveau nous retrouver parmi les équipes qui comptent pour les finales, notamment aux Championnats du monde.
Notre objectif premier, ça va être de continuer à consolider ce collectif pour l'an prochain, en tentant de décrocher un ticket qualificatif par équipe. Je dirais qu'on est sur la bonne voie. Les gymnastes adhèrent au programme proposé par l'entraîneur national et y sont vraiment réceptifs. J'ai trouvé une équipe ouverte, qui aime vivre ensemble, avec tous les aspects du savoir-vivre collectif et de la convivialité qui permettent vraiment d'aller chercher la performance. Ils sont pleinement concentrés et appliqués.
Thierry Aymes, Entraîneur national "Ils ont été impressionnants de maturité"
Quel bilan tires-tu de ce résultat global ?
On avait fait des tests à 239 et 243 points, donc en fixant l'objectif à 241, on ne s'était pas trompés. Malgré trois erreurs en finale par équipes — ce qui peut arriver avec le format 5-3-3 —, les gars ont fait du très bon travail. Ce qui est encourageant, c'est la progression sur nos notes de départ : on gagne 3.50 points par rapport à l'année dernière. On visait même 91 points au départ, mais de petites fautes nous ont coûté quelques dixièmes. L'essentiel était d'assurer la qualification pour les Championnats du monde et, dans une compétition aussi dense, ce n'était pas une mission simple.
La densité du secteur masculin européen est importante, avec de plus en plus d'équipes qui évoluent à un niveau très proche de celui de la France. Une simple erreur ne te fait pas perdre deux places, elle te renvoie directement à la 15ᵉ position. C'est pour cela qu'on sait que, pour rester compétitifs et aller chercher les qualifications, il faut absolument prendre des risques et faire monter nos notes de départ.
Ils ont été impressionnants de maturité. Même privés de certains de nos cadres habituels ou de médaillés de l'an dernier comme Anthony Mansard et Léo Saladino, ils ont tenu leur rang et ont prouvé que la France restait compétitive au plus haut niveau européen.
Le choix de Kévin Carvalho comme capitaine a été naturel. Kévin a l'expérience des grands rendez-vous, avec déjà deux Championnats du monde au compteur. Dans une équipe constituée de profils plutôt réservés et peu expansifs, il fallait quelqu'un de posé pour montrer la voie. Responsabiliser le plus ancien lui donne un rôle moteur : quand tu es capitaine, tu as le devoir de donner l'exemple sur le plateau, et il l'a très bien fait.
Benjamin évoluait sur un statut de spécialiste lors de cette compétition. Quelle est ta vision sur ce rôle et sur sa prestation aux arçons ?
Benjamin a fait son travail proprement, même s'il manque la finale pour deux dixièmes et demi à cause de petites erreurs. Au départ, c'est un généraliste qu'on a sélectionné pour cette compétition parce qu'il était le plus proche des quotas lors des tests. Pour moi, un vrai « spécialiste », c'est un gymnaste qui rentre en finale à chaque sortie internationale, peu importe les circonstances. Aux arçons, le niveau européen est tout simplement le plus relevé au monde — le podium européen ressemble souvent au podium mondial. Pour passer en finale, il faut augmenter la note de départ pour avoir une marge de sécurité.
Qu'est-ce que tu as pensé des juniors ?
L'équipe a été complètement décimée par les blessures juste avant de partir. Entre les soucis de cheville, de poignet et d'épaule, nos quatre meilleurs juniors étaient forfaits. On a dû composer avec une équipe très amoindrie. Ils ont bien travaillé aux anneaux et aux parallèles, mais cela a été plus compliqué au sol et à la barre fixe mais l'état d'esprit était là.